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édito

Communes, chronique d’une mort annoncée

Connaître ses habitants et son territoire est l’une des qualités exigées de tout élu local.

Connaître son métier, son territoire, avoir le sens du dévouement pour les habitants de sa commune, c’est ce que chacun de nous apprécie au quotidien au travers du savoir-faire du personnel communal.

À Saint-Gervais, cette exigence est largement atteinte, quels que soient les services et les secteurs d’activité, même si les habitants permanents, les résidents secondaires, sont habitués depuis longtemps à la qualité de service qui est rendue.

C’est ce professionnalisme que l’État extermine méticuleusement en obligeant les communes à se séparer de services et compétences(1) au profit de structures de dimension supérieure dans lesquelles les notions de proximité, de service à la population ne sont pas leurs préoccupations habituelles et premières.

L’exemple le plus récent est la perte par les départements de la compétence des transports, qu’ils soient intercommunaux ou scolaires, au profit des régions. Quel est le cerveau supérieur qui a pu penser que les fonctionnaires régionaux pourraient, depuis Lyon ou Clermont-Ferrand, avoir la connaissance des besoins de transport et surtout connaître et tenir compte des particularités de l’ensemble de ce territoire et plus particulièrement des territoires ruraux et de montagne, tels les nôtres ?

L’illustration la plus caricaturale mais la plus triste est la décision de la région Rhône-Alpes, alors présidée par Jean-Jack Queyranne, et confirmée par la nouvelle région AURA, présidée par Laurent Wauquiez, qui a la charge et gère les trains TER, de remplacer sans vergogne pour près de la moitié des liaisons, des trains non pollueurs par des bus pollueurs dans une vallée que chacun sait déjà bien trop polluée.

Pire, à la suite de mon intervention auprès du Préfet de la Haute-Savoie Pierre Lambert visant à exiger de la région et de la SNCF que 100 % des trains soient des trains, celui-ci m’indiqua laconiquement mais avec sérieux que cela n’avait pas d’importance puisque les bus étaient Euro 6 ! Est-ce bien là une réponse digne d’un représentant de l’État capable de confondre un train non-pollueur avec un bus pollueur.

Plus près de nous, chacun s’est rendu compte que le transfert de la compétence « ordures ménagères » des communes vers la communauté de communes Pays du Mont-Blanc depuis le 1er janvier 2013 n’a apporté ni économie, ni meilleur service, bien au contraire.

Incapable d’admettre ces incohérences et ces (ses) échecs, l’État poursuit inlassablement sa politique de « vidage » des compétences attribuées aux communes, soucieux et impatient de les rendre inutiles pour aboutir à ce que les Français en réclament bientôt leur disparition. Bientôt on entendra : « à quoi bon élire un Maire et un Conseil municipal s’ils n’ont rien à faire d’autre que les mariages et les PACS ! »

La prochaine étape de cette mort annoncée est le transfert obligatoire au 1er janvier 2020 de la compétence eau, assainissement, eaux pluviales aux communautés de communes. Si on peut admettre une logique à cette solution dans quelques bassins urbains, la perte de ces compétences par les communes rurales et de montagne aura des conséquences dramatiques pour les usagers de ces services.

Le « grand bidule » qui sera ainsi créé, géré pour nous par un président obligatoirement maire de Sallanches ou de Passy compte-tenu du mode de répartition des sièges(2) (à elles deux, ces communes ont la majorité absolue des sièges de la CCPMB soit 25 sur 45), devra gérer les fuites des 10 communes avec un personnel mutualisé, décider des priorités de réfection ou de création des réseaux d’eau, d’eaux usées, d’eaux pluviales.

Si aujourd’hui la connaissance des réseaux par le personnel communal garantit la rapidité des interventions de dépannage, demain l’envoi d’équipes ignorantes des réseaux sera la garantie de retard et de l’insatisfaction des usagers-payeurs.

Si aujourd’hui l’argent des usagers de ces services sert à réparer, renouveler les réseaux, demain votre argent servira aussi aux investissements des usagers des autres communes. Sous couvert de mutualisation, certains territoires en tireront profit pendant que d’autres n’y trouveront pas leur compte, car les décisions d’investissement seront prises non pas par les représentants élus des payeurs mais par quelques-uns après de longs marchandages politiques.

À moins que… la volonté d’enlever aux communes leur savoir-faire et de créer de grandes entités ne cache en fait une arrière pensée… celle que seules les grandes entreprises privées à terme capables de gérer ces services.

Un avenir proche nous apportera ces réponses.

Jean-Marc Peillex,
Maire de Saint-Gervais
Conseiller départemental du Canton du Mont-Blanc

(1) Chaque collectivité territoriale exerce les compétences
que la loi lui attribue. Lorsqu’elle en perd une, cette
collectivité n’a plus le droit de traiter d’un sujet la
concernant ni d’engager des dépenses ou de lever
des recettes.
(2) Répartition des 45 sièges à la CCPMB : Sallanches 15,
Passy 10, Saint-Gervais 6, Megève 4, Combloux 2, Les
Contamines Montjoie 2, Domancy 2, Praz-sur-Arly 2,
Cordon 1, Demi-Quartier 1.

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